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Quand vous arrivez à Séoul, l’un des premiers constats qui vous frappent, c’est qu’il n’y a ni bébés ni enfants (ou si peu pour une ville de près de 11 millions d’habitants).
Un article du ‘The Guardian’ nous apprend que le taux de fécondité en Corée du Sud devrait atteindre cette année le niveau le plus bas de son histoire. Ainsi, selon une étude commandée par le journal Chosun Ilbo, le nombre moyen de bébés nés par femme en âge de procréer devrait être de 0,96, un taux habituellement observé en temps de guerre.
Et cela n’est pas sans conséquences. En effet, à mesure que la société vieillit et que le nombre de personnes actives (les cotisants) diminuent, les régimes de protection sociale tels que les soins de santé et les retraites seront confrontés à une pénurie financière. La faible natalité exposera donc le pays à une multitude de risques majeurs, notamment des retraites sous-financées et un déclin économique.
Ces conséquences auront également un impact sur les facilités de proximité qui n’arriveront plus à rassembler suffisamment de personnes pour survivre, tels que les écoles, les centres culturels ou les infrastructures sportives.
Pourquoi des taux si bas?

C’est une tendance à laquelle sont confrontés les pays riches du monde entier. Selon les projections de l’ONU, le taux de fécondité mondial devrait être de deux naissances par femme d’ici 2100, juste en dessous des niveaux de remplacement. Mais cette tendance est particulièrement manifeste en Corée du Sud.
En effet, le taux de natalité en Corée du Sud est en baisse depuis les années 1960. Après le baby-boom qui a suivi la guerre de Corée (1950-1953), le gouvernement a lancé une campagne encourageant les femmes à ne pas avoir plus de deux enfants.
Mais surtout, le statut des femmes en Corée du Sud, une société profondément patriarcale, est l’un des principaux moteurs de cette tendance, de même que l’aggravation des perspectives d’emploi des jeunes et la hausse des prix de l’immobilier. Les femmes se marient et ont des enfants plus tard dans la vie, de peur de se voir refuser des promotions et d’être victimes de discrimination au travail.
L’âge moyen des femmes sud-coréennes mariées pour la première fois est de 30,2 ans, selon les chiffres du ministère de l’Égalité des sexes et de la Famille, contre 24,8 ans en 1990. En moyenne, les femmes ont leur premier enfant à 31,6 ans.
Le gouvernement a tenté d’inverser la tendance sans grand succès. Les autorités ont dépensé 153 milliards de wons (115 milliards d’euros) entre 2006 et 2018, selon les chiffres de l’Assemblée nationale, pour des mesures visant à encourager davantage de naissances. Ces efforts incluent la gratuité des soins jusqu’à l’âge de cinq ans, des paiements en espèces aux femmes enceintes et le soutien aux clubs de jeunes.
Selon Lee Bong-joo, de l’Université nationale de Séoul : « Nous approchons des niveaux de catastrophe. Se concentrer uniquement sur la garde des enfants ne sera pas efficace à l’avenir. Augmenter l’égalité des sexes à la maison et sur le lieu de travail est la meilleure solution, mais cela prendra du temps. «
Il suggère de mettre en place des subventions gouvernementales au logement pour les jeunes couples mais aussi de s’attaquer de manière agressive à la discrimination fondée sur le sexe subie par les nouvelles mères et de supprimer la stigmatisation associée aux ménages monoparentaux.
Mais même ces mesures peuvent ne pas suffire. Le nombre total de bébés nés l’année dernière s’élève à 357 000, contre 493 000 il y a 10 ans. La rapidité du déclin des enfants nés chaque année est plus importante que le taux de fécondité, et cela engendrera à l’avenir de véritables problèmes pour la société sud-coréenne…
Source: https://www.theguardian.com/world/2018/sep/03/south-koreas-fertility-rate-set-to-hit-record-low