
La nouvelle série « The good doctor » a fait son apparition depuis quelques semaines dans la grille de diffusion de la RTBF (radio télévision belge). Mais beaucoup d’entre vous ignorent certainement que celle-ci ne sort pas de nulle part. En effet, cette série américaine tire son intrigue de la série sud-coréenne du même nom (« Good doctor »), qui date de 2013.
Alors, si vous êtes attiré-e par l’analyse de contenus culturels, je vous invite à regarder ces deux productions télévisuelles en parallèle, afin de vous faire une petite idée des différences culturelles qui peuvent exister entre les États-Unis (qui, disons-le, a aussi grandement façonné notre consommation culturelle) et la Corée du Sud. L’exercice est amusant à faire, et très instructif !
Bien que cette série sud-coréenne ne soit pas mon drama préféré, celle-ci a néanmoins été récompensée en tant que « Meilleur drama » durant la Baek Sang Art Awards 2014, et son acteur principal, Won Joo, a été nommé dans la catégorie du meilleur acteur lors de cette même cérémonie. La série a également été nommée dans la catégorie « Meilleure mini-série » au Seoul International Drama Awards en 2014. Bref, elle a remporté un grand succès auprès du public coréen.
Le pitch

« The good doctor » suit un jeune interne en chirurgie, à la fois autiste et atteint du « syndrome du savant ». Bien que son autisme semble prendre une forme dite « légère » (le spectre de l’autisme étant particulièrement large), le jeune interne, Shaun/Si on (vous noterez la transposition volontaire des 2 prénoms), attire la méfiance de ses collègues, supérieurs et patients. Grâce à ses compétences exceptionnelles en diagnostic médical, sa ténacité et le soutien du directeur de l’hôpital, ce jeune médecin fera petit à petit ses preuves tout au long des épisodes.
Le 1er épisode de la série américaine est quasiment identique en tout point à la version coréenne, reprenant notamment de sa version originale des dialogues entiers. Shaun est en chemin pour son premier jour de résidence à l’hôpital quand un accident spectaculaire blesse un petit garçon sur sa route. Réalisant une intervention exceptionnelle sur le lieu de l’accident et dans des conditions d’hygiène précaires, il parvient à sauver l’enfant, qui est amené en urgence à l’hôpital où Shaun doit justement réaliser son internat. Pendant ce temps, le président de l’hôpital, mentor de Shaun, tente de convaincre le conseil que l’autisme de celui-ci ne sera pas un obstacle à la qualité de son travail. Une vidéo, devenue virale, des exploits de Shaun le matin même finit par convaincre le conseil d’engager Shaun pour une période d’essai de 6 mois.
Les épisodes suivants néanmoins dévient complètement de la version originale, laissant la liberté à la série américaine de développer les intrigues et les personnages comme elle l’entend.
Les grandes différences culturelles
Je n’ai pas eu l’occasion de regarder entièrement ces deux séries (la série américaine n’en étant qu’à sa première saison), mais voici déjà quelques exemples qui sautent assez vite aux yeux.
| « Good doctor » – Corée du Sud
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« The good doctor » – USA
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| La multiculturalité n’y est pas représentée, ni dans le casting, ni dans les intrigues. Cet aspect, assez systématique dans les productions culturelles sud-coréennes, témoignent de l’entre-soi dont fait preuve la Corée du Sud (qui s’explique notamment par de nombreuses raisons historiques que je n’aborderai pas ici). | A l’inverse, les États-Unis, pays de mixité dès sa naissance, affiche une diversité culturelle avec des acteurs choisis volontairement pour représenter et favoriser l’identification des majeures communautés du pays : les WASPs, les latinos et les afro-américains.
A noter, la population asiatique est également de plus en plus visibilisée dans les productions culturelles américaines. |
| L’intrigue s’arrête peu, et jamais en les affichant directement sous le feu des projecteurs, sur les émotions intimes des personnages principaux.
Si ceux-ci se laissent deviner par la construction du scénario, les émotions et les sentiments ne s’expriment pas aisément et relèvent de la sphère privée, voire parfois du tabou. |
L’intrigue intègre des temps où les émotions sont révélées sous l’objectif de la caméra, que ce soit de manière exprimée ou sous une forme plus introspective. Les émotions et les sentiments ne sont pas tabous et s’expriment plus librement, en privé comme en public. |
| Une autre différence intéressante concerne le développement des relations amoureuses de Shaun/Si on.
A la fin du premier épisode, la collègue de Si On (l’équivalent de Claire dans la version américaine), saoule, entre par erreur dans l’appartement de Si On et se couche dans son lit. Cette incongruité est expliquée par le fait qu’elle habitait auparavant dans ce même appartement et que Si On n’en a pas modifié le code d’accès. Cet événement, qui semble tiré par les cheveux, est représentatif de l’évolution de l’intrigue dans les dramas coréens. Ceux-ci privilégient souvent l’opportunité qu’une situation peut offrir à sa vraisemblance. |
Mais cette situation, si elle fonctionne dans les k-dramas, ferait probablement lever les yeux au ciel du public américain.
Cette relation entre les deux collègues a donc été supprimée dans la version américaine, au profit d’un début de romance avec la voisine de palier de Shaun. Nous ne sommes cependant qu’au début de la série, et il n’est pas impossible que nous soyons témoins d’un revirement de situation. |
| Les relations de pouvoir conflictuelles font partie prenante de la série coréenne. Les personnages passent une grande partie de l’intrigue à comploter et à se tirer dans les jambes pour voir leurs situations personnelles s’améliorer. Ce trait témoigne d’une société sud-coréenne ultra-compétitive, dont la sécurité d’emploi reste parfois précaire, et de plus en plus individualiste.
Dans le même temps, et paradoxalement, l’entreprise elle-même a un pouvoir qui semble illimité sur ses employés (de ‘vie ou de mort’ sociale). A ne pas confondre avec une représentation de la prévalence du collectif sur l’individuel (qui s’efface petit à petit dans la société coréenne), mais bien du pouvoir des grands magnats économiques et de la réputation de ces grandes entreprises en Corée du Sud, surpassant l’individualité des travailleurs qui la composent. Ainsi, régulièrement dans la série, est abordée la question du licenciement d’un médecin au profit de la réputation de l’entreprise, même lorsque ce choix est totalement injustifié et arbitraire (détournant ainsi les responsabilités et le blâme qui pourraient être attribués à l’entreprise). |
Les relations de pouvoir font aussi partie prenante de l’intrigue, soulignant l’individualisme prégnant de la société américaine.
L’entreprise exerce également une pression sur les individus, mais dans une moindre mesure car contrebalancée par les droits individuels. Cette prépondérance de l’entreprise au détriment de l’individu est néanmoins justifiée dans la série américaine par la nécessité d’un financement privé pour la survie de l’hôpital. Cela légitime la fatalité de se soumettre aux exigences de riches donateurs, quitte à sacrifier un médecin de l’hôpital. Cet aspect du financement privé de l’institution hospitalière est également présent dans la série sud-coréenne. Je voudrais souligner que, à mon sens, il s’agit ici d’une expression culturelle que l’Europe ne partage pas ou peu. Cet aspect ultra-compétitif de la société et ce capitalisme extrême semblent en effet moins mis en exergue dans les productions culturelles européennes. Même si ceux-ci sont loin d’être absents de nos sociétés, leurs effets en sont peut-être atténués par une sécurité sociale plus solide et solidaire. |
| Le discours du directeur, essayant de convaincre le conseil de l’hôpital d’engager Shaun/Si On, bien que présentant le même argument de fond (donner une chance équitable à tous), diffère néanmoins dans les détails. La perception de l’autisme dans chaque culture et le contexte historique (le combat des femmes, les luttes afro-américaines…) transparaissent.
« L’autisme est causé par des raisons biologiques. Cependant, ça se traite. C’est différent en fonction de la situation du patient, mais il y a aussi beaucoup de cas qui sont traitables. Park Si On s’avère être lui-même un de ces bons exemples. La question n’est pas de réhabiliter une personne qui a été handicapée mais de donner de l’espoir et du courage à ces gens qui souffrent d’autisme et à leurs familles dans ce pays. S’il-vous-plaît, pensez-y avec l’esprit ouvert. » |
« C’est justement pour ce handicap que l’on devrait engager Shaun. On devrait l’engager non seulement parce qu’il est extrêmement qualifié mais aussi parce qu’il est différent. Il n’y a pas si longtemps que ça on refusait d’engager des afro-américains dans l’établissement. Il n’y a pas si longtemps que ça, on refusait d’engager des femmes médecins dans cet établissement » […] « En faisant le choix d’engager Shaun, nous redonnons de l’espoir à ceux qui souffrent d’un handicap et nous leur montrerons que ce que l’on considère comme un handicap n’en est pas un et qu’ils peuvent eux aussi tenter leur chance ! Si nous engageons Shaun, nous en ressortirons plus grand en tant que médecin. Si nous engageons Shaun, nous en sortirons plus grand en tant qu’être humain. » |
| De manière générale, l’intrigue coréenne et américaine sont construites sur un tout autre rythme.
Dans la série coréenne, Si On travaille dans le département pédiatrique, alors que Shaun travaille comme chirurgien ‘généraliste’. Cela permet à la version américaine de faire face à une plus grande variété de cas et de patients, alors que le rythme des dramas coréens est très lent. Dans la version sud-coréenne, les cas médicaux semblent secondaires au développement des relations entre les protagonistes et le sentiment d’urgence moins présent. |
Le rythme dans la série américaine est plus soutenu et les cas médicaux prennent plus de place dans l’intrigue (les images des actes médicaux sont d’ailleurs bien plus visibilisés dans la série américaine).
Par ailleurs, la série américaine fait évoluer son casting (de nouveaux personnages apparaissent, d’autres disparaissent…). Cela soutient le rythme (et l’audience) de la série. Tandis que le casting de la version coréenne est arrêté lors du premier épisode et reste identique jusqu’à la clôture du drama. |
Si vous voyez d’autres différences culturelles symbolisées dans ces deux séries, n’hésitez pas à m’en faire part ! 🙂
A bientôt !


Une différence très importante à mes yeux 😁 ! le Nombre d’épisodes et une fin. J’aime quand les séries ne dépasse pas 25 épisodes, je monte jusqu’à 50 pour les séries chinoises mais pas plus. Beaucoup de série qui ne finissent pas ou bâclé, les dernières saisons sont source de frustration. je trouve le jeux d’acteurs de la version américaine pas convaincante ( jeux d’acteur des séries 90) , pour information c’est la version américaine que j’ai vu en premier.
Merci pour ce tableau comparatif 🙋🏻♀️
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