A l’origine de cet article, je souhaitais vous proposer une liste de films représentatifs de la culture cinématographique sud-coréenne. Puis, je me suis dit que je ne pouvais décemment pas vous parler de ces productions culturelles sans d’abord aborder avec vous la « Hallyu » (la quoi?). Ensuite, je me suis complètement laissée emporter dans mon explication… Bref, j’ai dû diviser cet article en 2 parties. En voici la première : qu’est-ce que la « Hallyu » ?
Hallyu ? A vos souhaits !
La Hallyu est certainement la raison pour laquelle je suis aujourd’hui en Corée du Sud. La raison aussi pour laquelle vos adolescents, si vous en avez, écoutent depuis quelques mois de la K-pop (korean pop) dans les cours de récré.
Ce néologisme coréen, Hallyu, signifie littéralement la « vague coréenne » et désigne le phénomène de propagation massive de la culture médiatique sud-coréenne. Dès les années 90, l’expansion culturelle de la Corée du Sud atteint la Chine, ainsi que l’Asie du Sud-Est. Grâce à internet, aux médias sociaux et à la prolifération des clips musicaux sur YouTube, la Hallyu est devenue avec les années un phénomène mondial, submergeant aussi les États-Unis, l’Europe et l’Amérique latine. L’Afrique et le Moyen-Orient ne sont pas en reste non plus, avec un nombre de fans toujours grandissant.
Cette vague coréenne est essentiellement portée par le succès des K-dramas et de la K-pop, mais pas seulement. Le cinéma, les jeux vidéos et la mode sud-coréenne y participent également. Ces produits culturels, et les stars qu’ils génèrent, véhiculent une image idéalisée de la Corée, entre tradition et modernité.
Le drama coréen, là où tout a commencé
Le drama coréen s’apparente à un feuilleton d’une vingtaine d’épisodes, d’une heure environ. Il a comme sujet de prédilection une histoire d’amour naissante entre 2 protagonistes que tout oppose. Ajoutez à cela un triangle amoureux, une belle-mère antipathique, des relations de pouvoir conflictuelles, un rapport particulier à l’argent et vous aurez la recette gagnante! De nombreuses déclinaisons existent cependant puisque l’on peut trouver des dramas médicaux, historiques, comiques… Les acteurs mis en scène dans les dramas sont souvent chastes, sveltes et beaux. Ils nous font entr’apercevoir une Corée caricaturée et idéalisée. Bref, ces dramas sont créés pour nous vendre du rêve ! Si ceux-ci sont souvent un peu niais (et même parfois difficiles à regarder sur la longueur, je vous l’accorde), ils sont néanmoins une porte ouverte intéressante sur la culture coréenne. Peut-être vous laisserez vous tenter par l’expérience ?
La K-Pop, le produit-phare de la Hallyu
Des idoles jeunes et belles, une musique entraînante et une chorégraphie exécutée au millimètre près ont fait le succès de la K-Pop bien au-delà des frontières sud-coréenne. La popularité de ces idoles est soutenue par un marketing agressif, un star-system tout-puissant, une omniprésence médiatique et pléthore de produits dérivés. Les stars de K-pop sont partout et portent l’étendard de la Hallyu.
Autant pour les dramas que pour la K-pop, c’est grâce à internet et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication que ces produits ont pu connaître un tel succès planétaire. Chaines YouTube, streaming, réseaux virtuels de fans, clips et dramas diffusés en plusieurs langues, propagande sur les réseaux sociaux… Difficile de passer à côté de ce phénomène.

Et chez nous, qu’en est-il ?
C’est en 2012 que le raz-de-marée K-pop arrive en Europe : le clip « Gangnam Style » de Psy devient la vidéo la plus visionnée de l’histoire de YouTube. Aujourd’hui, celle-ci compte plus de 3 milliards de vues ! Ironiquement, l’artiste Psy, dont le message se voulait être une critique des « nouveaux riches » et de la politique coréenne (Gangnam est un des quartiers riches de Séoul) , est devenu en l’espace d’un clip l’ambassadeur de la Corée du Sud auprès du monde entier.
Le succès de « Gangnam Style » a ainsi permis d’ouvrir une porte à la K-pop. La Hallyu, immensément populaire en Asie et déjà bien connue aux Etats-Unis, fait donc son petit bonhomme de chemin et commence à percer en Europe. Les dramas coréens quittent l’univers du streaming pour envahir les médias traditionnels. Depuis peu, TF1 propose même des dramas sur son nouveau service digital.
En 2018, le groupe BTS a permis aux premiers artistes sud-coréens de remporter une récompense à la cérémonie américaine des Billboard Music Awards, avec un album devenant le premier album de K-pop à atteindre la 1ère place des charts américains. C’est également le premier album en langue étrangère à atteindre la 1ère place du Billboard 200 depuis plus de 12 ans. Le tsunami K-pop, quoiqu’en disent ses détracteurs, est encore loin de montrer des signes de faiblesse…
L’opportunisme des grandes entreprises
Si la Hallyu est avant tout un phénomène ‘naturel’ (son succès a surpris tout le monde), il n’en a pas fallu moins pour que les grandes entreprises et l’État sautent dans le navire de la culture pop et modèlent celle-ci au service de toute l’économie du pays.
En effet, les grandes entreprises sud-coréennes ont très vite compris qu’il y avait une place à prendre sur ce marché lucratif. La clé du succès : développer des produits culturels fructueux, faire de ses stars des égéries de marques et développer un nombre titanesque de produits dérivés.
Le contenu de ces produits est calibré pour réussir, notamment sur le marché asiatique. Rien n’y est laissé au hasard : leur production est tournée vers le profit et a englobé les nouvelles technologies de l’information et de la communication au cœur de son modèle de développement. Par ailleurs, les placements de produits sont très nombreux dans les séries télévisées, les films et même les clips. Ainsi, il n’est pas rare de voir associés à l’industrie du divertissement des géants comme Hyundai ou Samsung.
La culture, le « soft power » de l’État sud-coréen
Au-delà des retombées économiques, la culture joue désormais le rôle de « soft power », un outil étonnamment efficace pour vendre une image idéalisée de la Corée du Sud, petit pays coincé entre deux géants (la Chine et le Japon).
En effet, outre les exportations culturelles massives qu’elle engendre, la Hallyu a permis à la Corée d’augmenter drastiquement le nombre de ses visiteurs et a favorisé la diffusion de sa culture dans le monde entier : sa langue, sa gastronomie, sa mode, son esthétisme… gagnent de plus en plus d’adeptes. En 2014, un article du Figaro soulignait le succès de l’apprentissage du coréen en France, nous apprenant que le nombre d’élèves inscrits aux cours de langue dispensés par le centre culturel coréen de Paris a plus que doublé en moins de 4 ans. Cette progression est spectaculaire pour une langue dite « rare ».
Et le gouvernement sud-coréen ne s’y est pas trompé. Convaincu que le développement de l’industrie culturelle pourrait concourir à l’essor économique national, celui-ci a misé, dès les années 1990 mais plus particulièrement dans les années 2000, sur l’accroissement de ses investissements dans l’industrie culturelle. Par ailleurs, les entreprises ont pu bénéficier de subventions et d’exonérations d’impôts ainsi que de relais institutionnels, tels que les agences culturelles KOCCA ou KOCIS, mises à disposition par l’Etat.
Symbole de ce soutien étatique, le groupe BTS a récemment reçu une récompense du Ministère Coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme pour “service rendu à la patrie”. Le monde politique et le monde économique travaillent donc de concert afin de maximiser les retombées économiques et diplomatiques des exports culturels coréens (historiquement, il y a, depuis l’après-guerre, une forte collusion entre l’État coréen et ses multinationales).

Cet expansionnisme culturel n’est pas sans rappeler la stratégie culturelle française ou américaine, où la culture acquiert une dimension stratégique, celle d’un instrument de conquête et de rayonnement à l’international (les réseaux des Alliances françaises et des Centres culturels coréens à l’étranger en sont une bonne représentation). En dépit de certaines perceptions négatives de la Hallyu, non seulement l’image de la Corée du Sud à l’étranger s’est considérablement améliorée, mais cette vague coréenne a aussi engendré d’importants bénéfices économiques…
Et les autres productions culturelles alors ?
La culture sud-coréenne est bien loin de se limiter à la culture pop. Bien moins connues à l’international que cette dernière, les nombreuses autres productions culturelles n’attendent que de se faire (re)découvrir : les scènes musicales alternatives, le Pansori (art coréen du récit chanté), la littérature, les arts de la scène… Ceux-ci souffrent d’être relégués dans l’ombre de la K-pop. Leurs artistes ont, depuis les années 2000, de plus en plus de mal à obtenir des aides et une visibilité dans les médias. Le gouvernement sud-coréen a cependant récemment annoncé qu’il pensait étendre son soutien aux arts plus traditionnels. Un geste mécène ou une stratégie de relève lorsque le succès de la Pop-culture, inévitablement, déclinera ?
Le cinéma sud-coréen
Le cinéma sud-coréen, bien que plus discret aux premiers abords, participe également à cette vague coréenne au niveau planétaire. On est parfois réticent à les associer car, contrairement à la K-pop qui relève d’une culture populaire, le cinéma sud-coréen a fait son entrée en Europe au travers d’un milieu plutôt élitiste : le cinéma d’auteurs.
En effet, les années 2000 ont vu plusieurs réalisateurs sud-coréens couronnés de succès dans différents festivals européens : « Le chant de la fidèle Chunhyang » de Im Kwon-taek, « Old Boy » de Park Chan-wook, « Samaria » de Kim Ki-duk…
Pourtant, les productions cinématographiques de la péninsule brassent tous les genres et sont légion. Par leur rayonnement à l’international, elles participent aussi, sans aucun doute, à la Hallyu. On parle d’ailleurs désormais d’Hallyuwood, en référence à Hollywood et Bollywood. Ces 3 industries cinématographiques sont actuellement considérées comme les plus influentes du monde.
La création du Festival international du film de Busan en 1996 a également permis de mettre sur le devant de la scène internationale le cinéma sud-coréen. Ce festival qui se tient chaque année à Busan, deuxième ville de Corée du Sud, est considéré aujourd’hui comme le plus important festival international du film en Asie.
Dans un prochain article, je vous proposerai une liste de titres de films et de séries qui, je l’espère, vous donneront un aperçu de la culture cinématographique sud-coréenne.
A bientôt !

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